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AU NOM DE L’HUMAIN

Note de lecture

Amadou Sokhna  est un écrivain qui n’est plus à présenter  sur la scène littéraire. En effet, son premier roman Sous les feux de l’amour, l’a déjà placé sous les feux du projecteur. Connu du public en tant qu’enseignant chevronné et grand conférencier, il est également l’apôtre du livre et c’est d’ailleurs ce qui justifie en partie son aventure dans l’écriture. Personnellement, je le considère comme défenseur discret de cette tendance littéraire appelée la migritude. Dans cette littérature, résonnent les noms des classiques de la littérature africaine : Alain Mbanckou, Fatou Diome, Calixte Beyala… que Sokhna a certainement lus et qui lui ont mis une puce à l’oreille.

Son deuxième « enfant spirituel » AU NOM DE L’HUMAIN, roman ou récit de voyage selon le cas, est écrit dans un style digeste et séduisant dont la lecture est un régal. Derrière  les pages ou alors des chapitres se cache une réalité crue qu’il convient d’aller chercher la substantifique moelle. Ainsi, à travers une lecture pointue, essayons de retracer le fil conducteur de cette fameuse histoire ou aventure de la narratrice Fatima. Nous nous proposerons de vous faire l’économie de chaque chapitre.

AU NOM DE L’HUMAIN, est un roman de 205 pages divisé en deux parties d’inégales longueurs. La première partie qui va de la page 19 à 129 comprend 10 chapitres. Dans  cette partie, Fatima nous raconte son séjour en France.

Chapitre I (PP 16-24) : 1er décembre 2021

La narratrice, Fatima nous raconte sa nuit parisienne caractérisée par l’hiver, saison symbolisant en littérature la prison. Cela laisse déjà présager l’enfer que vivra Fatima. 1er décembre est  l’occasion pour Fatima de faire jaillir la lumière sur la parenthèse tragique de l’histoire de l’Afrique : Thiaroye 44.

Chapitre II : (PP 26-39)

Fatima, à travers une analepse nous replonge dans son enfance à Médina Sabkh. Ce voyage dans le temps ravive la flamme de la nostalgie des activités de vacances et aiguise son attachement envers son royaume d’enfance. La nostalgie du passé traduit la morosité ou la monotonie du présent.

Chapitre III : (PP 41-48)

Fatima, toujours prisonnière de ses souvenirs et de sa nostalgie de sa terre natale, nous raconte les séances de lutte et sa relation amoureuse avec Moustapha de la part de qui elle reçut une lettre dont le poids de l’amour dictait le choix du lexique.

Chapitre IV: Janvier 2022 (PP 50-70)

Ici, la narratrice, vivant dans une réclusion absolue, trouve refuge dans la l’écriture qui lui sert d’exutoire. Les feuilles blanches deviennent ses confidentes et l’acte scriptural devient un geste libérateur.

Chapitre V: (PP 72-81)

Malgré son malaise existentiel, Fatima s’évertue à rassurer ses amis Jeanne, sa mère ainsi que Moustapha en leur disant que tout est mieux dans le meilleur des mondes possibles.

Elle a aussi pris le temps d’éclairer la lanterne du lecteur par rapport à ce mauvais procès de l’islam associé à tort au terrorisme et au djihad.

Chapitre VI: (PP 83-86)

En tant modèle et héroïne, Fatima nous invite à rester nous-mêmes, à préserver notre identité et à donner à l’être et le paraître la même coloration. Il s’agit de combattre le mythe du complexe d’infériorité.

Chapitre VII: (PP 88-97)

Fatima attend son amie étudiante Jeanne qui doit la rejoindre en France. Entre temps, elle reçoit la réponse de Moustapha à propos de la pensée de Blaise Pascal « L’homme est un roseau pensant ».

Les retrouvailles entre les deux amies furent une belle occasion de se rappeler les beaux moments partagés à l’UCAD, à Ziguinchor et à Médina Sabakh. L’onomastique (Fatima/Jeanne) traduit en filigrane le dialogue islamo-chrétien qui fait le charme, la force et la fierté du Sénégal.

Chapitre VIII: Février 2022 (PP 99-106)

C’est l’année du premier sacre continental du Sénégal sur le plan footballistique. Fatima et Jeanne, en vraies patriotes vécurent ces moments épiques loin de leur terroir natal. 

Chapitre IX: Mars (PP 108-120)

L’aventure de Fatima prend une nouvelle tournure. Elle fait tomber le masque de la France qui hostile au port du voile. Loin d’être un mendiant, Fatima choisit sa dignité et son identité à tout prix. Ce problème d’intégration la poussa à exprimer son envie de rentrer au Sénégal.

Chapitre X: (PP 122-129)

Fin de séjour, Fatima quitte la France à bord d’un avion après 05 ans. Durant son trajet, elle essaie de meubler le temps par la lecture. Ainsi, elle tomba sur un livre intitulé L’amour et le mariage où elle en reçut une belle leçon d’amour lui permettant de penser à Moustapha et à Abdou, ses deux prétendants.

Résumé de la première partie

Le séjour de Fatima en France est un prétexte pour l’auteur de placer le curseur sur la face cachée de l’iceberg. Fatima l’histoire le lecteur retient l’hypocrisie des Occidentaux qui ont falsifié l’histoire à propos de Thiaroye 44. A cela, il convient d’ajouter que l’auteur pose le problème de l’identité. Fatima, malgré la couleur de sa peau, et son voile est parvenue à résister à toute sorte de tentation mais aussi et surtout à cette lancinante question de ségrégation raciale. Fatima est alors l’expression d’une génération décomplexée.

A travers cette partie, l’on retient les thèmes de la fidélité, on pense à l’amour entre Fatima et Moustapha, du dialogue islamo-chrétien, du patriotisme…

Remarque : L’auteur n’a pas donné suffisamment d’informations sur la spécialité de Fatima. On ignore le département dans lequel elle étudie à l’université.

DEUXIEME PARTIE

Chapitre XI: (PP 131-150)

Après 05 ans passés en France, Fatima, symbole de résilience, d’enracinement, de dignité, retrouve enfin son pays natal. Elle passa trois jours à Dakar avant de rejoindre Médina Sabakh.

Chapitre XII: (PP 152-172)

Fatima prend la direction de Médina Sabakh. En cours de route, elle ne peut s’empêcher de regarder le paysage qu’elle avait quitté il y a 05 de cela. Dans la foulée, elle reçoit de Moustapha, modèle de fidélité et poète de l’amour.

Par le biais de ce chapitre, la narratrice, telle une radioscopie, diagnostique les maux qui gangrènent le système éducatif sénégalais et la corruption qui mine le terrain politique sénégalais. La méritocratie est réduite à sa plus simple expression.

Fatima, la voilà enfin à Médina Sabakh : le retour de l’enfant prodigue.

 Chapitre XIII: (PP 174-176)

Au lendemain de son arrivée à Médina Sabakh, Fatima est convoquée par sa mère Kany pour ce qu’elle a apporté comme cadeau à son oncle Ndary. Sa mère a aussi profité de l’occasion pour lui parler d’Abdou, son cousin devenu boutiquier après avoir arrêté les études en classe de troisième.  Mais Fatima, fidèle à ses principes et à son cœur, signifia à ses parents que son cœur ne battait que pour Moustapha.

Chapitre XIV: (PP 178-181)

Une semaine après son arrivée, Fatima décida de rendre visite à son ancien maître, M. Faye, un enseignant imbu des valeurs de professionnalisme et déontologie se félicita d’avoir contribué à la réussite de Fatima devenue Docteur.

Chapitre XV: (PP 183-196)

A travers, l’auteur pointe du doigt accusateur les maux de la société : problème de castes (le mariage entre Fatima et Moustapha), la ségrégation raciale (l’histoire du joueur camerounais Achille Webo et la mort tragique de Georges Floyd).

Fatima, bénéficiant du soutien de son père, finira par se marier à Moustapha. Cette union traduit la victoire de la modernité sur la tradition.

Chapitre XVI: (PP 198-205)

Ce chapitre du roman, telle la dernière d’une tragédie, connaît une résonnance particulièrement tragique. Au bonheur d’épouser Moustapha d’être recrutée à l’université se succède cette cruelle réalité laissant Fatima sans voix. Désormais, la narratrice connaît ses vrais parents biologiques mais tardivement.

Résumé de la deuxième partie

Cette partie permet de faire le bilan sur le parcours de Fatima, ce personnage qui représente de la fierté de la race noire. Fatima, gardienne des valeurs de dignité, d’identité, de fidélité et de piété, a su résister au phénomène de l’acculturation et à la dépigmentation. En cela, nous pouvons déduire que ce roman peut être apparenté au roman d’apprentissage.

La dénonciation des maux de la société : corruption, problème de castes, la ségrégation raciale, montre aussi que l’engagement trouve dans cette œuvre son terrain d’élection.

NB : Le lecteur que nous sommes, serait curieux de connaitre la réaction de Fatima après avoir lu la lettre d’adieu de sa vraie mère.

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  1. De Sous les feux de l’amour à AU NOM DE L’HUMAIN, l’on constate que le personnage principal est toujours une fille, qu’est-ce qui motive un tel choix ?
  2. Est-ce une coïncidence ou une volonté de défendre le féminisme ?

Alex Sadio Diocou, Professeur de Lettres au lycée Sambou Oumani Touré de Médina Sabakh

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